
Catherine Meurisse, La légèreté — Dargaud 2016 (133 pages)
Catherine Meurisse raconte le cheminement qu’elle a accompli pour retrouver la légèreté perdue suite à l’attentat perpétré contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, une légèreté essentielle pour créer, une légèreté pulvérisée par les fusils d’assaut de deux terroristes venus pour tuer.
Si Catherine Meurisse échappe à la tuerie c’est parce que, ce matin-là, perturbée par une rupture sentimentale, elle arrive en retard à son travail. Elle a la vie sauve mais subit un choc traumatique. Elle doit affronter une amnésie partielle et la disparition de l’envie de dessiner. Que faire ? Catherine Meurisse choisit la lutte. Elle se lance dans un formidable travail de reconstruction, puisant l’énergie nécessaire à cette restauration de soi dans la beauté, l’art, la littérature. Elle nous livre un album riche d’émotions et de sensibilité, le témoignage bouleversant d’un retour progressif vers l’apaisement.
Catherine Meurisse m’a particulièrement touché lorsqu’elle évoque Proust, non pas comme son écrivain préféré mais comme son « auxiliaire de vie ». J’ai pu remarquer moi aussi l’effet apaisant de la lecture de Proust sur mes drames personnels, même s’ils sont sans commune mesure avec le choc traumatique subi par Catherine Meurisse. Lire Proust exige de moi une telle concentration (du moins si je veux comprendre ce qu’il raconte) que, pendant que je suis avec lui, j’oublie mes tragédies intimes. Et même une fois le livre posé je continue de penser à ce que j’ai lu, telle phrase, tel personnage me hantent, ce qui a pour effet de chasser mes propres démons.
Un grand merci à @lodyssee_des_mots qui m’a guidé vers La légèreté de Catherine Meurisse dans le cadre de nos échanges sur notre lecture commune de À la recherche du temps perdu.
Philippe Lançon a signé la préface de La légèreté. Son texte est sublime. Le lire et le relire.
Jeanne Lerrante 08/05/2023





P. et G. Brizzi, L’Enfer de Dante — Éditions Daniel Maghen 2022 (159 pages)
Un album dantesque, à l’image de l’œuvre qu’il adapte, à la fois sombre et sublime !
« Au milieu du chemin de notre vie je me retrouvai dans une forêt obscure. »
On suit Dante, guidé par le poète Virgile, dans sa traversée des neufs cercles de l’Enfer pour retrouver Béatrice, la femme aimée et trop tôt disparue, au Paradis.
Les frères Brazzi révèlent un talent extraordinaire dans cette adaptation illustrée de l’œuvre de Dante. Les dessins somptueux nous plongent au cœur d’un site grandiose et sublime : l’Enfer. La charge émotionnelle est forte : j’ai ressenti une angoisse mêlée du désir fou de poursuivre ce voyage au cœur des ténèbres. J’ai croisé des monstres, des êtres consumés par la luxure et l’obsession charnelle, des assassins, des violents et autres damnés, tous condamnés aux peines infernales. J’ai eu la sensation d’être plongée dans un univers onirique et fantastique, j’ai aimé ça. Les dialogues sont intéressants à suivre. Dante exprime ses doutes, Virgile, souvent avec humour, trouve les mots pour le convaincre de poursuivre la route malgré les difficultés et au final, le courage, l’opiniâtreté et la détermination triomphent des forces de l’Enfer.
Cet album graphique est remarquable. Il offre la possibilité de découvrir l’œuvre de Dante sans en dénaturer le propos. Les frères Brazzi ont souhaité « sur le fond, analyser, dépoussiérer, trier, éliminer, réinventer », pour écrire leur adaptation, « mais en veillant à préserver l’essence, l’essentiel » d’une œuvre de dimension universelle. Le pari est admirablement réussi !
Jeanne Lerrante — 16/04/2023


Chloé Cruchaudet, Céleste — Noctambule (120 pages)
Chloé Cruchaudet nous fait entrer dans l’univers de Marcel Proust à travers le témoignage de sa gouvernante Céleste Albaret : elle a assisté l’écrivain dans les dernières années de sa vie, lorsqu’il occupait le temps à l’écriture de La recherche. La servante a su se rendre indispensable, entourant le Maître de mille délicatesses, occupant avec dévotion une place qui a fait d’elle le témoin privilégié de la naissance d’une œuvre mythique. Elle observe, commente et livre à qui veut l’écouter ses remarques affûtées :
« Il observait, disséquait… il épinglait tout le monde… exactement comme il l’aurait fait avec des insectes ! C’était si juste, si drôle ! »
Chloé Cruchaudet retrace le parcours personnel de Céleste en tant que femme et domestique tout en dépeignant l’atmosphère d’une époque et les dessous de la création littéraire.
Ce cher Marcel est présenté sous un angle burlesque des plus jouissif. Je me suis beaucoup amusé. Tout m’a plu dans ce que j’ai lu : les dessins, les couleurs et le texte, comme ces mots que Chloé Cruchaudet fait sortir de la bouche de Colette recevant un exemplaire de Du côté de chez Swann : « L’incipit, c’est comme tremper le doigt dans le plat avant la dégustation. »
Céleste Albaret a servi Proust avec une dévotion sans faille, se soumettant à ses exigences et ses caprices, dépassant le cadre de sa mission domestique pour apporter son aide à l’écrivain dans l’élaboration de son œuvre. On pourrait taxer d’esclavage le dévouement de Céleste ; ce serait occulter le lien de complicité qui s’est tissé au fil du temps entre Proust et sa gouvernante. Céleste semble avoir développé pour Marcel un amour platonique qui lui a permis de s’occuper de lui avec abnégation, comme certaines mères le font avec leurs enfants. C’est sublime et passionnant !
J’ai hâte de lire la suite : un second volume serait en préparation…
Jeanne Lerrante —
13/01/2022


Catherine Meurisse, Humaine trop humaine — Dargaud 2022 (93 pages)
J’ai découvert le travail de Catherine Meurisse l’été dernier avec La jeune femme et la mer. J’ai été séduite par la délicatesse des paysages japonais en opposition avec le grotesque des personnages. Le contraste dégage une force comique étonnante. J’ai eu confirmation de l’humour meurissien cet automne, à l’occasion d’une émission de La Grande librairie consacrée à Marcel Proust : l’illustratrice a représenté l’auteur mythique de la littérature en cormoran moustachu, un fameux dessin !
Humaine trop humaine est de la même veine : de l’humour, de la perspicacité, des dessins colorés à la gaité revigorante. Catherine Meurisse, qui vient d’entrer à l’Académie des beaux-arts, dépoussière la pensée des philosophes. Je dirais même qu’elle les chahute carrément : Pascal diffuse ses pensées sur Tweeter, Schopenhauer envoie son assistante faire les courses au supermarché de la métaphysique L’art d’être heureux, Socrate ne sait plus où donner de la caverne à l’ère de Netflix, le morceau de cire de Descartes s’analyse d’abord dans un institut de beauté, Kant rejoint des amis après le souper pour un karaoké où il s’époumone à chanter « Kant est dans le désert… depuis trop longtemps… » et ainsi de suite. On croise aussi Ulysse au détour d’une page : le héros de l’épopée homérique attend le retour de Pénélope en faisant et défaisant inlassablement une écharpe.
Chaque philosophe et/ou concept philosophique occupe une double planche avec, à la fin, trois lignes pour expliquer brièvement le personnage et ses idées maitresses. De l’humour mais aussi de la pédagogie… cette BD est irrésistible !
Jeanne Lerrante 29/12/2022

Blanc - Une histoire dans la montagne @stephanekiehl
@lamartiniere.jeunesse (28 pages).
Cette BD m’a accompagné pendant la lecture de Blanc de Sylvain Tesson. Elle raconte l’histoire d’un jeune-homme qui suit un renard dans la montagne, il se laisse semer par « le petit rusé », se perd et doit affronter une tempête de neige avant de retrouver le chemin de sa maison.
Si l’histoire s’adresse plutôt à de jeunes lecteurs, les illustrations de @stephanekiehl séduiront les petits comme les grands. Ses paysages de forêt et de sommet enneigés m’ont conquis, moi qui suis une adepte des bords de mer plus que des montagnes.
J’ai particulièrement apprécié les illustrations sur papier calque au milieu de l’album. Le choix du support rend les paysages changeants, on perçoit l’impermanence d’un paysage neigeux, évoluant au gré de l’intensité des flocons et des jeux de lumière. C’est magique !
Jeanne Lerrante — 29/12/2022


Annie Goetzinger, Les apprentissages de Colette — Dargaud (108 pages)
Les apprentissages de Colette est un album graphique qui raconte la vie de la romancière depuis son mariage avec Willy, le 15 mars 1893, jusqu’à la publication en 1923 du Blé en herbe, le premier titre qu’elle signe du nom de Colette. Au cours de ces trente années, Colette fera l’apprentissage de l’écriture, l’amour, la sensualité, la volupté, la liberté, jusqu’au point d’orgue de cet itinéraire initiatique : signer un roman de son seul nom.
« Légalement, littéralement, je n’ai plus qu’un nom qui est le mien, Colette. Il me suffira désormais. »
Un nom qui signe la reconnaissance d’une femme en tant qu’autrice (même s’il semblerait que Colette ait désapprouvé l’usage de ce terme). Un nom qui symbolise l’indépendance d’une femme dans la pratique de son art.
Cet album graphique est un petit bijou. Les dessins d’Anne Goetzinger sont raffinés, plein d’élégance. Les couleurs sont douces. Ces choix graphiques mettent en lumière tout le chic d’une époque. J’ai adoré ! Le passage du temps sur le visage de Colette est montré avec délicatesse : la romancière murit, elle ne vieillit pas. Cette maturité se décèle dans l’expression du regard, la forme du visage, la coiffure, le maquillage. La plupart des textes sont inspirés de la correspondance et des œuvres de Colette. L’ensemble est très réussi.
J’ai lu cet album en parallèle du récit d’Antoine Compagnon, Un été avec Colette. Ces deux ouvrages se complètent harmonieusement. Ils m’ont permis de redécouvrir le monde de Colette avec plaisir. J’ai l’impression de me vanter, tant pis, mais je me suis concoctée là un excellent programme de lecture… Je vous le recommande.
Jeanne Lerrante — 12/09/2022


Catherine Meurisse, La jeune femme et la mer — Dargaud (114 pages)
Cet album graphique est une belle découverte. Je l’ai dévoré comme une gourmandise. Les dessins colorés insufflent une gaité revigorante. La délicatesse des paysages, invitation à la méditation, contraste avec les personnages aux formes tellement grotesques qu’ils donnent à rire.
L’autrice, Catherine Meurisse, a effectué un séjour de plusieurs mois dans une résidence d’artistes de Kyoto, la Villa Kujoyama, afin de raviver son inspiration. Elle s’est immergée dans les paysages et les mystères du Japon pour exécuter son projet de peindre la nature. «Quelle nature ? Celle qui disparaît ou celle qui gronde ?»
La Jeune femme et la mer raconte sa quête artistique avec humour et un soupçon d’acidité, ce qui confère à l’album un charme savoureux. Ses marches initiatiques dans des paysages luxuriants l’amènent à croiser le Tanuki, créature du folklore japonais dotée de pouvoirs magiques et d’une paire de « roubignolles extra-larges ». Elle rencontre aussi plusieurs personnages hauts en couleur : la grand-mère sourde comme un pot qui raconte la légende de la Belle de Nagara, mademoiselle Nami, femme mystérieuse à la beauté fascinante et un artiste en quête d’impassibilité qui rappelle étrangement le personnage du roman de Sôseki, Oreiller d’herbe ou le Voyage poétique. L’homme rêve de peindre le tableau qu’il sent palpiter au fond de son cœur, le tableau qui traduirait de la façon la plus juste son idéal féminin, mais ses doutes lui permettent seulement de composer des haïkus.
Nos deux artistes en mal d’inspiration vont confronter leurs ressentis très différents, ce qui donne lieu à des échanges croustillants et souvent drôles. Les dialogues sur la nature, tantôt perçue comme une source d’inspiration, tantôt décrite comme une source de dévastation invitent à la réflexion. La fin nous dira si les préjugés d’une femme occidentale sur le Japon ont résisté à la réalité du pays et si la quête de l’idéal féminin d’un japonais a survécu à des personnalités féminines bien taillées.
Jeanne Lerrante—16/07/2022


Aude Picault, Idéal Standard — Dargaud (150 pages)
Prix Artémisia de l’humour 2018
Une BD pleine d’humour sur la réalité standardisée d’un couple hétérosexuel : répartition des tâches domestiques, vie sexuelle et sociale, Aude Picault décrit avec malice la disparité des attentes de l’homme et de la femme en matière de vie à deux, une dissonance qui débouche sur des malentendus et des déceptions. Les illustrations sont séduisantes, j’ai beaucoup aimé les codes couleurs utilisés pour différencier les ambiances, les moments de vie. Les dialogues sont réalistes, parfois crus, jamais vulgaires.
Claire, la trentaine, célibataire, est infirmière dans un service de néo natalité. Elle attend l’amour, cherche l’homme avec lequel construire le couple idéal, multiplie les rencontres d’un soir, quitte le lit d’un toquard pour celui d’un autre. Elle est sur le point d’abandonner les recherches lorsque le compagnon de sa meilleure amie lui présente son pote Franck. Il semble qu’avec lui les sentiments veuillent s’installer pour durer. Claire aménage chez lui… mais l’ambiance au sein du couple évolue rapidement de l’enthousiasme vers les désillusions. Franck se comporte comme un vrai beauf, de jour comme de nuit. Il laisse Claire assumer seule les tâches ménagères, privilégie ses désirs sexuels dans se préoccuper de ceux de sa compagne et substitue insidieusement un voyage en Toscane à un séjour en famille dans la maison de ses parents avec sa sœur, son mari et ses trois gosses.
Il y a du Annie Ernaux dans cette BD. J’ai eu l’impression de poursuivre sous une forme illustrée la lecture de La femme gelée. Aude Picault livre sur un mode humoristique une critique des idées reçues sur la différence des sexes. Elle montre la persistance de la suprématie du masculin sur le féminin, persistance due en grande partie à l’héritage culturel et à la reproduction tacite des schémas familiaux (les fameuses vacances dans la maison familiale de Franck en offrent un bon exemple). Elle met aussi à l’honneur la capacité de résistance de certaines femmes avec le personnage de Claire : la jeune-femme saura trouver le courage de prendre le chemin de la liberté.
Jeanne Lerrante—29/06/2022


Médée, Nancy Peña et Blandine Le Callet — Casterman (320 pages)
J’ai découvert cet album alors que je dévorais Les Métamorphoses d’Ovide avec mes compagnons du groupe #bibliopolis créé par @ego_lector_. Le poète latin consacre de belles pages au mythe de Médée. J’ai senti au fil de ses vers naître en moi une fascination pour cette femme sulfureuse, fascination qui a motivé le choix de cette BD.
Nancy Peña (pour les illustrations) et Blandine Le Callet (pour le scénario et les textes) ont réalisé un très beau travail. J’ai eu l’impression de suivre un récit d’aventure rythmé par les différents épisodes de la vie de Médée, de son enfance en Colchide à son bannissement d’Athènes. C’est pétulant, sensuel, cruel. J’ai tourné les pages avec avidité tellement l’histoire est prenante. J’ai senti mon cœur tantôt se déchirer, tantôt s’enflammer.
Au soir de sa vie, Médée, retirée sur une île mystérieuse, convoque ses souvenirs. Elle veut rédiger, avant le grand voyage, un témoignage reflet de sa vérité, faire entendre sa voix par-delà les rumeurs et les calomnies qui ont ponctué son existence. Médée se révèle alors dans toute sa complexité : initiée aux mystères d’Hécate, maîtrisant sciences et savoirs dans un monde où les femmes sont privées d’instruction, éprise de liberté dans un monde où seul compte le désir masculin, amoureuse passionnée, mère aimante mais aussi créature rusée soumise à des pulsions violentes qui la poussent au crime dont le plus effrayant reste celui de ses enfants. Si l’acte est condamnable, Médée a pourtant ses raisons de le commettre : Jason, l’homme qu’elle aime, celui pour lequel elle a tout quitté, le père de ses fils, la trahit d’une façon ignoble.
Médée est une criminelle, Jason est un beau salaud. Il privilégie sa position sociale à l’amour de sa femme : quand le roi Créon lui offre une belle situation et la main de sa fille à condition d’exiler Médée, il n’hésite pas… S’il y a un enseignement à retenir du mythe de Médée, c’est que l’amour « est seulement un miracle qui souvent se transforme en mirage ».
Jeanne Lerrante—20/06/2022


CATEL et BOCQUET, Olympe de Gouges— Casterman écritures (490 pages)
J’ai pris un réel intérêt à découvrir cette bande dessinée et ses auteurs : Catel pour les illustrations et Bocquet pour le scénario et le texte. Je lis peu de BD, ce n’est pas mon genre de prédilection, mais j’apprécie d’en parcourir une de temps en temps. Celle-ci présente le portrait d’une grande figure féminine : Olympe de Gouges. Je la connaissais comme autrice de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (1791). Je l’ai découverte mère aimante, amoureuse passionnée, femme profondément humaniste, attachée au progrès social et à l’égalité des sexes. Son engagement politique au cœur de la Révolution de 1789 et ses écrits exprimant son opposition à Robespierre la mèneront à l’échafaud.
J’ai suivi avec curiosité le parcours de cette femme au caractère bien trempé qui a su garder le cap de ses idées progressistes alors même qu’elle était malmenée par son époque et ses contemporains. Une femme libre de ses choix tant sur le plan personnel que politique ne pouvait que déranger l’ordre établi. Olympe de Gouges menait une vie sentimentale loin des conventions sociales de l’époque (tombée veuve très jeune alors qu’elle était maman d’un petit garçon, elle a toujours refusé de reprendre mari… sans pour autant refuser les amants).
Le contexte historique est restitué avec minutie (la bibliographie révèle le sérieux des sources documentaires). Les dialogues sont percutants, parfois coquins, souvent drôle et enlevés. J’ai apprécié à la fin de l’ouvrage la chronologie d’Olympe de Gouges et des principaux événements de son temps ainsi que les notices biographiques des personnages principaux et secondaires de la Révolution de 1789, accompagnées de portrait.
Cette bande dessinée m’a permis de réviser les pages marquantes de la Révolution française aux côtés d’une femme engagée, l’une des premières à militer contre l’esclavage, à réclamer le droit au divorce et le droit de vote des femmes. Une pionnière du féminisme.
Jeanne Lerrante — 15/06/2022


Blanche Sabbah, Mythes et Meufs — Mâtin !
J’ai découvert cet album sur le compte de @quatriemedecouverture. J’étais plongée dans la lecture des Métamorphoses d’Ovide avec le groupe #bibliopolis, nos discussions nous amenaient à nous interroger sur Daphné, Méduse, le sens à donner à leur transformation. @blanche_sabbah propose une analyse de ces mythes fort pertinente, analyse qui a nourri nos débats avec beaucoup de passion.
L’album ne se cantonne pas à l’interprétation de mythes grecs ou romains. Il présente des histoires aux origines diverses : conte populaire (Le petit chaperon rouge), texte biblique (Judith) ou encore dessin animé (La reine des neiges). Il est très bien conçu : chaque récit est tout d’abord résumé de manière simple, puis un commentaire en propose une interprétation à la lumière des pensées féministes (un parti pris revendiqué et assumé). Une conclusion élargit la réflexion en présentant soit une autrice, soit une œuvre en lien avec le récit évoqué.
L’intérêt de Mythes et Meufs est d’amener à une réflexion sur l’influence que ces mythes, contes et légendes ont sur l’organisation de la société, le rôle et le statut réservés aux femmes. J’ai pensé, en le lisant, à Psychanalyse des contes de fées de Bruno Bettelheim.
Une mention particulière au commentaire du film d’animation Vice-versa qui clôture l’album : l’analyse de @blanche_sabbah sur la dictature de la joie emporte mon adhésion.
« Cette pression à être la meilleure version de nous-même (comme si nous étions vraiment des machines, avec leurs mises à jour comme celles des iPhone) et à ne montrer qu’un jour extrêmement positif (et peu authentique) sur nos réseaux sociaux peut devenir, comme dans le film, franchement toxique. Il y a quelque chose de presque capitaliste à vouloir toujours aller de l’avant, renier nos échecs et supprimer nos émotions en faveur de nos compétences et de notre efficacité, sans réaliser que ce sont nos émotions qui justement nous permettent de fonctionner, et que l’acharnement à prétendre que tout va bien quand tout part à vau-l’eau est un aller simple pour le burn-out. »
Jeanne Lerrante—26/04/2022

☀️Une journée racontée avec les mots qui ont des oreilles…
Ce matin, le réveil a sonné à 6 heures. J’en ai ras le bol de me lever de bonne heure. À chaque fois, j’ai la tête dans le cul ! Ma mère se fait des cheveux blancs parce que j’aime les grasses matinées. Elle pense que j’ai un poil dans la main. Je pense qu’elle est mauvaise langue. Mais je tournerais sept fois ma langue dans ma bouche avant de lui révéler cette pensée 🤨.
Le petit-déjeuner a été rapide : j’ai un appétit d’oiseau à potron-minet. La radio m’a appris le décès d’un écrivain qui était à cheval sur les mots. J’étais au bord des larmes. Je prends mon pied en lisant ses livres 🥰.
Sur le chemin du lycée, j’ai jeté un œil sur mon compte Instagram. La story de Tom m’a pris la tête. On le voyait se marrer avec une fille qui n’était pas moi! J’étais tellement énervée que j’ai failli percuter le voisin. Il m’a évité de justesse, j’ai piqué un fard. Je lui ai dit bonjour, il ne m’a pas répondu. Il n’a pas dû m’entendre : il est sourd comme un pot 🥺.
En arrivant dans la cour, j’avais la taupe au guichet. Du coup, je suis arrivé en retard au cours de Français. J’ai présenté mes excuses ; malgré cela, la prof n’a pas mâché ses mots sur mon attitude. Elle m’a interrogé à l’oral sur l’imparfait du subjonctif. Je lui ai répondu les doigts dans le nez. J’ai cru qu’elle allait s’étrangler de fureur. Ça m’a fait marrer, on aurait dit qu’elle avait mangé du clown 👻.
Pendant la récréation, j’ai tiré les vers du nez à Tom à propos de sa story et de la fille qui n’était pas moi. Il n’a rien voulu me dire, sinon que j’étais culottée de l’embêter comme ça. Je me suis sentie trahie. J’ai compris que je m’étais mis le doigt dans l’œil à propos de Tom et de moi. J’ai passé le reste de la journée le cœur au bord des lèvres. J’ai raté le devoir de Maths. J’avais oublié toutes les formules. J’ai un pois chiche dans tête depuis que je suis amoureuse de Tom. Les bras m’en tombent ! 🤪
@jeannelerrante 18/12/2021
@danielpennacchioni
@florencecestac
Les mots ont des oreilles
@lerobert_com