
Fabrice Caro, Figurec — Folio (262 pages)
J’avais envie de légèreté, j’ai lu Figurec de Fab Caro. J’ai passé un bon moment, je n’en demandais pas plus. J’ai retrouvé le personnage récurrent de l’auteur, rencontré pour la première fois dans Le discours : le trentenaire célibataire sans emploi fixe qui vit au crochet de ses parents. Cette fois-ci, il est lancé dans l’écriture d’une pièce de théâtre mais peine à dépasser la scène 1 de l’acte I. Il occupe ses journées à courir les enterrements, ce qui lui permet de se livrer à des études comparatives sur la qualité des cérémonies, jusqu’au jour où il remarque la présence d’un type bizarre qui semble partager la même passion que lui pour les funérailles.
L’histoire est originale, loufoque et complètement déjantée. J’ai apprécié le rythme narratif très enlevé qui donne envie de tourner les pages pour connaître la suite de l’aventure. J’ai retrouvé le ton du Discours. Fab Caro a le chic pour décrire avec humour un milieu familial névrosé, pétri de conventions. Une phrase comme « Mes parents désespèrent de me voir un jour avec un lave-vaisselle et un crédit immobilier. » me fait pleurer de rire.
Extrait de saison :
« Les seuls mensonges que l’on ne parvient pas à accepter sont ceux de ses parents. La première brèche aperçue dans l’inébranlable monolithe parental fut la mort du Père Noël. On aurait pu me dire, comme on le fait à tous les enfants de cet âge critique : il n’existe pas. À moi on m’a dit : Le Père Noël est mort — pourtant je doute que Nietzsche ait jamais eu une quelconque influence sur mes parents. »
Jeanne Lerrante — 10/12/2022


Fabrice Caro, Samouraï —Gallimard collection Sygne (220 pages)
🏖 Que lisez-vous cet été, pendant les vacances ? Des livres de divertissement ? Des livres qui invitent à la réflexion sur soi et/ou sur le monde ? Un mélange des deux genres?
Je privilégie la troisième proposition : j’alterne les romans de passe-temps avec des récits plus exigeants.
🏖 Samouraï de Fabrice Caro serait plutôt un roman de passe-temps : il est drôle, léger, divertissant. Je l’ai lu en deux après-midi sur la plage, j’ai ri toute seule sur ma serviette. J’ai surpris, entre deux fous rires, le regard déconcerté de mon voisin de sable, ce qui a eu le mérite d’augmenter d’un cran mon hilarité.
💯 Fabrice Caro est doué pour raconter des histoires amusantes. C’est un vrai talent : je ne sais plus qui a dit qu’il était plus facile de faire pleurer que de faire rire…
☀️ Dans Samouraï, la vie du narrateur (Alan Cuartero) est rythmée sur l’air d’une chanson estivale aux paroles détournée pour les besoins de l’intrigue : « sea, état semi dépressif et sun ». Alan a publié un premier roman passé inaperçu, son ami d’enfance s’est suicidé et sa petite amie l’a quitté pour un universitaire spécialiste de Ronsard en lui conseillant d’écrire, pour la prochaine fois, un roman sérieux. Il est anéanti, mais pas complètement détruit. Il se lance dans la rédaction de son deuxième roman au bord d’une piscine que ses voisins lui ont demandé de surveiller en leur absence et sort régulièrement avec Jeanne et Florent, un couple d’amis qui s’entête à lui présenter une nouvelle copine. Cet état de fait débouche sur des situations plus drôles les unes que les autres, des rebondissements inattendus, car bien évidemment rien ne se passe normalement, Alan Cuartero ayant reçu « le gène de la catastrophe auto-immune, une aptitude à se rendre la vie plus pénible encore, sans la moindre aide extérieure. Un vrai don de Dieu. »
😂 C’est vraiment très drôle, j’ai ri à chaque page. Seul bémol : la fin m’a laissé sur ma faim… l’histoire se termine en eau de boudin. Peu importe, j’ai passé un excellent moment de divertissement.
Jeanne Lerrante—22/07/2022

Nicolas Robin, Roland est mort — Le livre de poche
Roland est mort est une pépite d’humour noir. J’ai ri aux larmes de la première à la dernière page. @nicolasrobin_nr que je découvre avec ce titre est très doué pour transformer une situation macabre en drôlerie, un drame de la solitude en situation burlesque.
«Roland est mort en toute discrétion, sans faire de bruit, sans prévenir. Il est passé de vie à trépas comme une mouche qui s’éclate contre un carreau de cuisine. Personne ne sait ce qui lui est arrivé.» Les pompiers l’ont trouvé par terre, la tête dans la gamelle du chien.
Roland est mort et il colle à la peau de son voisin de palier, le gars qui nous raconte l’histoire. Roland s’en est allé mais il n’a jamais été aussi proche du narrateur. Ah le narrateur… la petite quarantaine, est lui-même confronté à un moment de vie difficile. Sa compagne l’a quitté (« Un jour elle s’est tournée vers moi, entre la poire et le fromage, elle m’a dit: je ne t’aime plus. (…) C’était la rupture. L’abandon, C’était on en reste là, bye-bye. »). Il a perdu son emploi et passe ses soirées à regarder des films X en vidant des verres de Campari. Il ne connaissait pas vraiment Roland, il va hériter de son caniche et de l’urne contenant ses cendres. Cet héritage va bouleverser son existence sans perspective et l’amener à vivre des événements inattendus et plus saugrenus les uns que les autres.
N. Robin nous entraîne dans des péripéties hilarantes aux multiples rebondissements. Il égratigne au passage la société hétéro normée où un célibataire de quarante ans sans enfants doit affronter les regards désapprobateurs de l’entourage. La mamie du narrateur vaut à elle seule le détour avec sa question rengaine : « Et toi, pourquoi tu n’es pas marié ? »
« Mamie pense que le célibataire est un sale gosse qui refuse d’obéir, qui ne se laisse pas téléguider par une société consumériste qui offre des prix réduits sur des locations de bungalows pour deux. »
J’ai adoré ! Je me suis bien amusée… Un roman dans l’esprit du Discours de Caro et de L’enterrement de Serge de Carlier.
Jeanne Lerrante — 23/12/2021




@stephanecarlier L’enterrement de Serge
@lecherchemidi 2021
😂Victor Hugo prétendait que «Faire rire, c’est faire oublier. Quel bienfaiteur sur la terre, qu’un distributeur d’oubli!»
@stephanecarlier serait-il le distributeur d’oubli évoqué par Hugo? Il a beaucoup de talent pour faire rire avec des mots. C’est le troisième livre que je lis de lui, une fois encore je me suis beaucoup amusée. J’en ai retiré un grand bien-être. Je vous raconte ce moment : je me suis installée sur ma méridienne avec le dernier roman de Carlier, les jambes allongées, et dans mon corps une détente, et au dedans de moi cette même détente liée à l’oubli de soi et de mes soucis quotidiens. C’était délicieux !
⚰️Je lisais pourtant une histoire d’enterrement, celui de Serge Blondeau, le fils de Gilberte, le frère de Brigitte Couchoux, le tonton de Garance, le compagnon d’Arlette… La famille et les amis se retrouvent pour les obsèques à l’église Sainte Clotilde du Creuzot, mais rien ne se passe comme prévu.
Carlier nous balade de surprise en rebondissements (je vous laisse découvrir…). Il dresse le portrait de chacun des protagonistes avec une bienveillante lucidité et un parfait sens de l’humour. J’ai aimé Jean-Pierre Bétrémieux, le conseiller funéraire dépressif, Dédé l’ancien taulard (il va passer une fameuse nuit aux côtés de Brigitte Couchoux - le moment érotique de l’histoire…), Gilberte et sa voisine Mme Vilmotte (elles réservent une sacrée surprise toutes les deux…).
Le discours post funérailles de Gilberte m’a bouleversé :
«Toute ma vie j’ai été ce qu’on voulait que je sois, j’ai fait ce qu’on voulait que je fasse, j’ai eu ce qu’on voulait me donner. Toute ma vie, finalement, j’ai appartenu à quelqu’un.» Je me suis dit: « mais c’est moi ça! » C’est aussi le talent de Carlier : croquer des profils psychologiques crédibles, des situations réalistes, mais avec une verve comique très habile. Quel bienfaiteur sur la terre ce Carlier! J’en redemande… Et vous?
Jeanne Lerrante 02/11/2021


🐷Auriez-vous envie d’adopter un cochon de compagnie ? Le cochon est reconnu comme un animal hypersensible dont le principal trait de caractère est la gentillesse.
Nicole, 57 ans, mariée, psychalyste, n’avait pas particulièrement envie d’adopter ce genre de bête, elle n’en avait même pas l’idée mais, lorsqu’à l’occasion d’une escapade dans la campagne, elle découvre Foufou, un porcelet de quelques semaines, enfermé dans « une petite cabane croulante en pierre jaunâtre », condamné à ingurgiter de la nourriture sans jamais voir le jour, prisonnier à vie de ce cachot sordide, une pulsion la pousse à passer à l’acte: elle dérobe l’animal et l’installe dans son appartement parisien.
L’irruption de Foufou va bouleverser l’équilibre conjugal et professionnel de Nicole, un équilibre il est vrai déjà sévèrement menacé par la lassitude : Nicole s’ennuie, elle ne supporte plus ni son mari Jean-Pierre, ni ses patients. Le cochon va lui donner la force de désherber son existence et l’aider à trouver le chemin de ses désirs.
💁🏻L’histoire est très drôle, pleine de rebondissements inattendus. Le rythme est enlevé. Le lecteur, contrairement à Nicole, ne s’ennuie pas une seule seconde.
Stéphane Carlier nous divertit tout en nous permettant de réfléchir sur les vertus thérapeutiques de l’animal de compagnie. C’est le deuxième roman que je lis de cet auteur. Je le trouve très habile pour construire un récit, amener les scènes comiques, mêler l’humour aux émotions.
J’ai lu Les gens sont les gens dans une journée. J’ai passé un excellent moment dans la joie et les éclats de rire.
@stephanecarlier Les gens sont les gens @cherchemidiediteur@editions_pocket
Jeanne Lerrante — 02/09/2021


Stéphane Carlier, Le chien de Madame HALBERSTADT - @le.tripode (2019)
🐾 Rien ne marche dans la vie de Baptiste: son dernier roman est un échec commercial et sa compagne l’a quitté après six ans de vie commune pour un dentiste sans difficulté financière. Il déprime, occupe le temps à consulter « trente fois par jour » le classement d’Amazon concernant les ventes de son livre. Les chiffres fournis par le géant du net sont impitoyables : c’est un flop! Et puis un jour Mme HALBERSTADT, la voisine, sonne à la porte de Baptiste. Elle a un service à lui demander : garder son carlin Croquette le temps d’un séjour à l’hôpital pour une opération bénigne. « Vous verrez, les animaux ça change la vie. », annonce la dame avant de rentrer chez elle sans le chien. La prophétie va se révéler exacte: Croquette aidera Baptiste à sortir de sa routine dépressive.
🐾 J’ai lu les aventures de Baptiste et de Croquette en une après-midi. Je me suis régalée : c’est drôle, léger, divertissant. Le rythme est enlevé.
L’intérêt premier du roman est d’illustrer le rôle essentiel qu’un animal peut tenir dans la vie d’une personne. Ce rôle ne relève pas que de l’imagination d’un romancier. J’ai dû affronter la mort de mon chien en janvier dernier : sa disparition a perturbé l’équilibre familial.
J’ai aussi apprécié les réflexions sur les réseaux sociaux faiseurs de médiocrité, la marchandisation de la littérature, le parcours chaotique d’un écrivain publié mais que personne ne lit. L’expérience donne à réfléchir à ceux et celles dont les ambitions littéraires ont été douchées sur l’autel de la réalité (j’en fais partie, c’est pour cette raison que je me permets la remarque 😉).
🐾 Ce court roman m’a fait passer une agréable journée. Il m’a fait rire. « C’est un livre qui brille entre les mains tel un éclat de joie » comme l’écrit si joliment @the_new_blank_page dans la chronique qu’elle lui a consacré.
Jeanne Lerrante — 17/08/2021

💒 Fabrice Caro, Le discours - @editionsfolio 💒
💒 Le discours de Fabrice Caro me laisse perplexe. Il raconte une histoire qui m’a fait rire certes, mais le rire était souvent triste.
💒 Adrien dîne chez ses parents avec sa sœur et son futur beau-frère. Il rumine une rupture amoureuse récente tandis que sa sœur prépare son mariage et que son beau-frère lui demande, comme ça, l’air de rien, de préparer un discours pour la cérémonie. Cette requête plonge Adrien dans l’embarras et l’amène à revenir sur les échecs de sa vie.
Le choc des univers est l’un des ressorts du comique. Les turbulences sentimentales d’Adrien dans un milieu familial pétri de conventions est prétexte à une savoureuse diatribe de la famille. Le ton est humoristique, on peut rire beaucoup. Sur le fond, le propos est sans doute plus douloureux : il nous dit (du moins c’est ce que j’ai entendu) que les liens de sang n’empêchent pas les personnes d’être des étrangères les unes pour les autres quand elles ne savent rien de leurs intérêts respectifs les plus chers, quand elles n’entendent rien des souffrances d’un des leurs et qu’elles préfèrent le confort des apparences à la substance des cœurs. Je suppose qu’il est préférable d’en rire plutôt que d’en pleurer.
💒 Je vous propose un extrait révélateur de mon expérience de lecture « j’ai ri tristement ». La surdité de la mère devant la misère sentimentale de son fils m’a rendu dingue ! Et la proposition de boire un verre de jus d’orange pour apaiser un cœur meurtri m’a fait hurler de rire.
Jeanne Lerrante — 22/06/2021

👷Jean-Paul Dubois, Vous plaisantez M. Tanner - @editionspoints 👷
« Rien ne me prédisposait à me retrouver ainsi mêlé à de telles histoires. Absolument rien. Je vivais à Toulouse dans une maison agréable, bâtie dans un style dépouillé et rassurant. (...) Pourtant, un jour, cette existence lénifiante vola en éclats. Une lettre recommandée se chargea de me livrer l’enfer sur le pas de la porte. »
La lettre en question informe Paul Tanner que, suite au décès de son oncle, il hérite d’une maison. L’intéressé prend possession d’une bâtisse immense mais chancelante qu’il entreprend de rénover. Ses ennuis débutent comme ça... Il s’entoure de professionnels extravagants, farfelus, loufoques qui viennent à tour de rôle le tourmenter par des manies bizarres, des exigences démesurées ou une humeur capricieuse.
Vous plaisantez M. Tanner est un roman jubilatoire. Jean-Paul Dubois m’a fait rire aux éclats avec son histoire de chantier et sa collection de portraits d’artisans du bâtiment tous plus hurluberlus les uns que les autres. Il manie un humour désabusé à vous mettre un dépressif en joie. Je recommande.
Jeanne Lerrante — 20/05/2021

Jean-Paul Dubois, Parfois je ris tout seul - Points.
Parfois je ris tout seul est un recueil de textes courts, insolites et terriblement désopilants. Jean-Paul Dubois utilise la banalité de la vie quotidienne pour fabriquer des histoires qui ressemblent à des brèves de comptoir. C’est souvent hilarant, parfois mélancolique, toujours divertissant.
J’ai ri toute seule, je me suis amusée, j’ai passé une bonne soirée. Ce livre est un puissant chasse-déprime.
Jeanne Lerrante — 28/04/2021