
Euripide, Médée — Éditions KIMÉ (126 pages)
Traduction et introduction de Laurence Dupont
« Ils vont tous cesser de rire en me déchirant le cœur
Je leur ferai des noces amères et de lugubres épousailles
Ils pleureront mon exil » — scène 5 v.364-409
Euripide met l’accent sur la colère Médée. Médée abandonnée rêve de vengeance. On voit l’amoureuse blessée passer de la douleur à la fureur, la femme trahit convertir son amour en haine. C’est une tragédie fascinante !
On connaît l’histoire… Médée succombe au charme de Jason. Elle l’aide à s’emparer de la toison d’or, ce faisant elle trahit son père avant de s’enfuir avec celui qui deviendra son mari. Les époux, après moult péripéties et quelques moments de bonheur, trouvent refuge à Corinthe où ils sont accueillis par le roi, Créon. Jason répudie Médée pour épouser Créuse, la fille de Créon. Médée, assoiffée de vengeance, tue ses enfants après avoir empoisonnée sa rivale.
J’ai déjà eu l’occasion de confier la fascination que Médée exerce sur moi. Lorsque le groupe #bibliopolis créé par @ego_lector_ a choisi Les Héroïdes d’Ovide pour une lecture commune, j’ai eu envie de lire la tragédie d’Euripide, comme un préambule à la lettre de Médée à Jason écrite par Ovide.
Médée, c’est la fureur des sentiments, l’océan de la passion amoureuse qui emporte jusqu’au naufrage. Euripide la montre transformer un chagrin d’amour en deuil ; car Médée est morte pour Jason : celui qui a su la séduire avec des mots trompeurs l’efface de son cœur en un rien de temps. La douleur de Médée est immense, sans doute une douleur qui la renvoie au-delà de la solitude, dans un no man’s land de l’amour où elle est désormais une étrangère, une anonyme, exilée, ignorée :
« Chassée du pays condamnée à l’exil
Sans famille
Sans personne pour me secourir
Seule au monde
Avec mes enfants abandonnés » — scène 6 v. 446-626
Confrontée à un malheur plus grand qu’elle, Médée commet un crime abominable : elle tue ses enfants parce que la « violence de [son cœur] est plus forte que tout ce [qu’elle] aurait pu décider. »
Dans le Médée d’Euripide, l’amour est une malédiction : il offre en abondance et retire avec violence. Et l’on voit Médée s’emparer de cette violence, la retourner contre sa rivale et pire encore, contre ses propres enfants.
Jeanne Lerrante — 30/10/2022


Ovide, Les Héroïdes — Babel (192 pages)
Lettres d’amour traduites du latin par Danièle robert
Lecture de l’automne avec le groupe #bibliopolis créé par @ego_lector_
Les Héroïdes sont un recueil de lettres imaginaires (le recueil contient vingt et une lettres) attribuées à des héroïnes de la mythologie et dont les destinataires sont leurs amants ou époux.
Ovide nous donne à entendre la voix de ces femmes abandonnées, délaissées, trahies, souvent prêtes à rendre l’âme de guerre lasse parce que meurtries dans leur cœur, vidées de leur énergie, résignées : elles préfèrent abdiquer devant une fatalité cruelle plutôt que prolonger un combat sans espoir.
J’ai adopté un rythme de lecture lent : une lettre par jour, parfois deux mais pas plus. Je voulais savourer la beauté poétique de ces épistoles : Ovide a le sens de la formule pour exprimer la puissance de la passion amoureuse ! Je voulais aussi cerner la personnalité de chacune de ces femmes, saisir les nuances de leur désenchantement. Toutes témoignent de leur amour douloureux, mais là où certaines sombrent dans le désespoir le plus profond, là où certaines se soumettent à leur sort, d’autres se révoltent, expriment leur colère et vont jusqu’à commettre des crimes abominables (Médée).
J’ai perçu ces femmes comme des victimes de l’inconstance masculine. Transposées au XXIème siècle, sous l’influence de la lecture de Despentes, chacune de ces lettres pourraient commencer par « Cher connard ». Les échanges avec mes compagnons du groupe #bibliopolis m’ont permis de nuancer ce point de vue. Le héros, dans la mythologie, est celui qui obéit aux Dieux, il se soumet à son destin au préjudice de ses aspirations personnelles, de ses sentiments. Il n’hésite pas, dans ce contexte, à abandonner une femme pour accomplir la mission à laquelle les Dieux l’ont voué. Mouais…
J’ai ressenti tantôt de la bienveillance, tantôt de l’exaspération à l’égard de ces femmes. J’avais envie de leur dire : à quoi bon se mettre dans des états pareils pour un bonhomme qui n’en vaut pas la peine ! Libère-toi de tout ce charivari sentimental et vis ta vie!
Les mystères du cœur sont insondables. L’Art d’Ovide leur donne une dimension poétique éclatante.
Jeanne Lerrante — 30/10/2022

Ovide, Les métamorphoses — Traduit du latin par Marie Cosnay, Le livre de poche (589 pages)
« Je veux dire les formes changées en nouveaux corps. »
Les métamorphoses d’Ovide se présentent sous la forme d’un long poème divisé en quinze livres. Chaque livre contient plusieurs textes brefs, racontant chacun l’histoire d’une métamorphose. La brièveté des textes insuffle un rythme d’une vivacité incroyable, impossible de ressentir une quelconque monotonie. L’ennui est balayé aussi promptement que Diane change Actéon en cerf ! La longueur courte des textes dit aussi l’éphémère de l’existence, une existence brève mais évolutive, mouvante : chez Ovide, tout change, rien ne périt, tout se transforme. C’est la fameuse théorie de la métempsychose.
Ovide raconte l’instant éphémère d’une transformation, le passage d’un état à un autre (par exemple Daphné changée en laurier). Le langage est poétique, tellement imagé que l’on se croirait parfois au cinéma. Les récits sont diversifiés. Ils débutent par la création du monde, se terminent par la mort de Jules César et abordent entre ces deux moments moult mythes et légendes dont certains nous ramènent à la guerre de Troie (Ahah ! Le plaisir de retrouver les héros Grecs de l’Iliade et de l’Odyssée, comme Ajax et Ulysse se disputant les armes d’Achille tué par Pâris).
Le point commun entre ces récits est de raconter les passions humaines, des passions souvent exacerbées, qui révèlent l’incapacité des Dieux et des déesses à limiter leurs pulsions. Il s’ensuit des passages à l’acte sanglants, d’une violence inouïe : viols (Méduse abusée par Poséïdon), crimes barbares (Philomèle et Procné), combats armés (Persée et Phinée ; lutte des Lapithes et des centaures). On voudrait croire au pouvoir d’aimer, mais Orphée ne parvient pas à ramener Eurydice des Enfers : son impatience a raison de son amour. Au final, c’est l’humour qui semble triompher: Ovide se moque des dieux (sa façon de se moquer du pouvoir ?). Jupiter se change en taureau pour séduire Europe, il est ridicule, c’est très drôle !
J’ai adoré cette lecture commune avec le groupe #bibliopolis. J’ai appris plein de choses. Le groupe m’a porté par sa belle énergie. Un régal !
Jeanne Lerrante — 22/04/2022

A. Marcolongo, L’art de résister (Comment l’Énéïde nous apprend à traverser une crise)
Traduit de l’italien par B. Robert-Boissier
@editions_gallimard (264 pages)
J’ai des a priori sur les essais : j’ai peur qu’ils soient didactiques voire dogmatiques, ennuyeux à mourir… Ces préjugés sont tombés dès les premières pages de L’art de résister. A. Marcolongo, jeune helléniste italienne, propose une explication de l’Énéïde personnelle et passionnante. Son point de départ : la redécouverte du texte de Virgile pendant l’isolement sanitaire imposé par la pandémie de Covid-19 en mars 2021. Elle identifie une correspondance saisissante entre la crise sanitaire que nous traversons alors et l’Énéïde : « L’histoire de l’Énéïde est celle de l’être humain en général, de tout l’effort nécessaire pour vivre et être lui-même (…). Il est impossible de se soustraire à toute effusion de la vie, à jamais. Il faut résister encore, jusqu’à la fin. »
L’Énéïde semble plus que jamais une lecture de circonstance : nous voilà à peine délivrés d’une crise sanitaire qu’une guerre éclate sur le continent européen, menaçant les équilibres établis. Or « L’Énéïde n’est pas un poème pour temps de paix. » (…) sa lecture est « chaleureusement recommandée au beau milieu de l’ouragan… ». À bon entendeur…
J’ai particulièrement apprécié le chapitre V consacré à la question de la femme : Didon et l’amour dans l’Énéïde. Je suis de celles qui ont pleurniché sur le sort de Didon « l’infortunée ».
A. Marcolongo brise le mythe ancré dans l’inconscient collectif, issu d’une tradition machiste : celui de la princesse sans défense victime du héros masculin. Si Didon est une victime, c’est avant tout d’elle-même… Après tout, si Enée lui a voué un amour sincère, il ne lui a rien promis… Didon connaissait la mission du héros, elle a cru qu’elle pourrait l’en détourner, elle s’est trompée ! « Didon ne souffre pas d’un amour qui est parti. Mais d’un amour de soi qui n’est jamais arrivé. Ce n’est pas Enée qui lui manque de respect. C’est elle qui ne connaît ni souci ni respect de soi. » Une thèse qui remet en cause notre imaginaire trop romantique… Intéressant, non ?
Jeanne Lerrante — 04/03/2022

Virgile, L’Énéïde - Le livre de poche; traduction de Paul Veyne.
«Vaut-il la peine d’ouvrir L’Énéïde?», interroge Paul Veyne dans la préface qu’il signe aux éditions Le livre de poche. La question mérite d’être posée : en tant que lectrice lambda (je ne suis ni étudiante en Lettres, ni latiniste, ni professeur de Français), j’avoue avoir suspecté cette lecture d’ennui. Et bien cette suspicion s’est révélée archifausse: je me suis amusée chez Virgile ! J’ai adoré cette fiction littéraire : elle comprend de l’action, de l’émotion, des scènes de guerre et aussi des scènes d’amour. Il y a même une part de fantastique lorsqu’Énée descend aux Enfers pour discuter avec l’âme de son père. Le rythme est enlevé : on va de tempête en naufrage, l’Espérance supplée l’inquiétude, «la face de la noire Épouvante, la Colère, l’Embuscade» attisent les batailles entre les hommes sous le regard des Dieux qui commentent le spectacle.
De quoi parle L’Énéïde? Virgile raconte l’histoire d’Énée, neveu de Priam et cousin d’Hector (héros de L’Iliade). Il parvient à fuir Troie mise à feu et à sang par les Grecs. Son père Anchise, son fils Ascagne et une poignée de fidèles l’accompagnent. Ils prennent la mer en direction de l’Italie où Énée doit accomplir la mission que le Destin lui a attribué : fonder Rome. Mais la destinée n’est pas un long fleuve tranquille : avant d’atteindre son but, Énée devra affronter moult épreuves, notamment enterrer son père, renoncer à l’amour de Didon, descendre aux Enfers et combattre Turnus le roi des Rutules, lequel voit d’un mauvais œil l’arrivée du troyen sur son territoire. C’est que… Énée projette de fonder Rome dans le Latium - domaine promis à Turnus et d’épouser Lavinia - femme promise à Turnus. On comprend que ces deux-là aient des raisons de se battre… Les dieux mènent le bal et même si la fin est connue (Énée accomplira son destin), j’ai savouré chaque détail de l’histoire. Mon cœur a palpité pour Euryale et Nisus (le couple de guerriers amants), j’ai pleuré avec Didon (la reine abandonnée par ce fumier d’Énée), j’ai été fascinée par Camille, la vierge belliqueuse.
Oui… Ça vaut la peine s’ouvrir L’Énéïde!
Jeanne Lerrante — 25/10/2021


Homère, L’Odyssée - traduction de Philippe Jaccottet, @editionsladecouverte
« Ulysse, après mainte souffrance et mainte errance, rentrera au logis pour se venger. » Ces mots, prononcés par Hélène de Sparte, donnent un résumé parfait de l’Odyssée.
L’Odyssée n’est pas un récit de voyage.
L’Odyssée raconte le retour d’Ulysse dans sa patrie.
Pour bien comprendre, nous devons revenir vingt ans en arrière : Ulysse quitte Ithaque contre sa volonté, sur l’insistance d’Agamemnon qui a besoin de lui pour réussir le projet d’anéantir Troie. Dix ans sont nécessaires pour réduire en cendres la citée de Priam. L’objectif atteint, les belligérants (du moins ceux qui ont survécu au massacre) rentrent chacun chez soi. Ulysse reprend la mer, cap sur sa patrie chérie, mais voilà que Poséidon le poursuit d’une haine inextinguible et sème son retour d’embûches. Ulysse doit errer pendant dix années, « souffrant beaucoup d’angoisse dans son âme sur la mer », avant de retrouver les siens.
1/ L’errance d’Ulysse
L’Odyssée débute sur l’attente de Pénélope, l’épouse fidèle et de Télémaque, le fils adolescent semblable aux dieux. Ulysse est absent, son royaume est laminé par des prétendants de plus en plus arrogants qui attendent que Pénélope accepte d’épouser l’un d’entre eux.
Pendant ce temps, Ulysse est la proie de mille misères qui prennent des visages divers et variés. Ces misères nourrissent les légendes, pour la plupart très fameuses, qui ont bercé mon enfance : les Cicones, les Lotophages, les cyclopes, Éole, Circé, les sirènes, Charybde et Scylla, l’île du soleil et Calypso qui le retient prisonnier pendant sept ans. Ulysse est rusé, heureusement, il s’en tire à chaque fois. Il bénéficie d’un soutien de poids: Athéna est à ses côtés, sous la figure de Mentor, pour le guider et le conseiller.
J’ai été heureuse de redécouvrir ces légendes. Elles m’ont transporté hors du quotidien. Elles m’ont ouvert les portes d’un imaginaire fantastique. Je me suis plusieurs fois surprise à rêver en lisant ces récits, c’est pourquoi ma lecture n’a pas été très rapide (trois semaines!).
2/ La vengeance d’Ulysse
Ulysse rentre à Ithaque après avoir surmonté moult difficultés et avanies. Il n’est pourtant pas au bout de ses peines le malheureux…
Le retour du héros chez lui après une longue absence est la partie de l’Odyssée qui m’a le plus intéressée. Homère nous montre les multiples couleurs de l’âme humaine, de la plus lumineuse à la plus sombre. La plupart des anciens compagnons d’Ulysse l’ont oublié. Ils se sont mis, les opportunistes, au service des prétendants. Certains en revanche lui sont restés fidèles : le porché Eumée, le bouvier Philétios, la vieille nourrice Euryclée, le chien Argos et bien-sûr Pénélope, l’épouse. Quelle femme cette Pénélope ! Je suis pleine d’admiration à son égard. Elle est à l’opposé de Clytemnestre. La première voue une fidélité sans faille à son mari, l’autre le trahit sans vergogne en aidant Eghiste, son amant, à l’assassiner. Notez bien que je me garde de la juger, ne sachant quel parti j’aurais moi-même adopté si mon époux m’avait délaissé plusieurs années pour partir à la guerre… Pénélope et Clytemnestre révèlent deux profils différents, voilà tout.
Revenons à Ulysse… Il rentre chez lui sans se faire connaître. Il se méfie: peut-être que tout le monde ne souhaite pas son retour. Il se déguise en mendiant. Il découvre son palais envahi de prétendants qui convoitent sa femme, mangent son bétail et boivent son vin. Il médite sa vengeance. Après avoir surmonté moult difficultés et avanies (et oui… encore!), aidé par ceux qui lui sont restés fidèles, il passe à l’action, massacre ceux qui l’ont trahi et goûte enfin la douceur du foyer.
« Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
/…/
Et puis est retourné, plein d’usage et de raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge! » - Du Bellay
Je suis heureuse d’avoir lu l’Odyssée. Les personnages sont attachants. Il y a toujours un Dieu pour intervenir dans les affaires des hommes. Homère nous apprend beaucoup de ce que nous sommes : nos passions, nos ambitions, nos rêves, nos chagrins.
Jeanne Lerrante — 15/06/2021

Homère, l’Iliade - traduction de Philippe Brunet (édition du Seuil 2010, 2012).
Chronique 2 : Magie d’une lecture
🌟L’Iliade, qui a deux mille cinq cents ans, ne fait pas son âge. Le texte d’Homère pétille de vivacité, il nous réveille, nous donne une force vaillante à l’image de celle des dieux et des héros de l’histoire.
🌟Nous sommes précipités, dès les premiers vers, dans la plaine de Troie où la guerre fait rage depuis bientôt dix ans. Nous découvrons d’un côté la cité de Priam « aux puissantes murailles », de l’autre la mer Égée et la plaine occupée par le campement des grecs; entre la citadelle et la plaine coule le fleuve Scamandre « à l’onde tourbillonnante ». Bientôt, il débordera de cadavres, il se révoltera contre Achille « qui brise les hommes ». Nous n’en sommes pas encore là... Au commencement de l’Iliade, Achille boude au fond de sa baraque. Il refuse de combattre. Agamemnon « le souverain maître » lui a confisqué sa captive Briséis « joues-vermeilles ». Achille, courroucé, se laisse consumer par le feu d’une colère funeste. Homère nous raconte cette colère, ses conséquences dramatiques sur les guerriers qui vont perdre la vie sous les flèches troyennes, privés de leur plus vaillant défenseur : Achille «pieds-rapides».
🌟Grecs et troyens s’entretuent sous le regard attentif des dieux de l’Olympe depuis que Paris, fils de Priam, a enlevé Hélène à son époux Ménélas, roi de Lacédémone et frère d’Agamemnon. Les dieux prennent partis en faveur d’un camp ou de l’autre, ils se querellent sans vergogne. Nous assistons à des batailles sanglantes où les lances ignorent le repos, des duels fameux (la rencontre de Diomède et Glaucos, l’affrontement d’Ajax et Hector, le combat homicide d’Achille et Hector) et puis soudain, entre deux massacres, une scène tendre apporte une douceur inattendue. Les adieux d’Hector et d’Andromaque bouleverseraient un cœur de fer. La guerre n’est qu’un prétexte, une toile de fond, un révélateur des passions des hommes et des dieux.
🌟L’Iliade est l’un de ces livres qui ne s’éteint pas après la première lecture, bien au contraire : l’Iliade est un texte qui se lit et se relit... rien n’est jamais fini avec Homère: à chaque relecture le poème diffuse la lumière fraîche de l’Aurore «doigts-de-rose».
Jeanne Lerrante — 17/03/2021



Homère, l’Iliade - traduction de Philippe Brunet (édition du Seuil 2010, 2012).
Chronique 1: Genèse d’une lecture
La lecture de l’Iliade est avant tout le récit d’un partage. En août 2019, j’ai dévoré avec passion Un été avec Homère de Sylvain Tesson, après quoi j’ai eu envie de lire l’Iliade. J’ai commencé mais... je me suis arrêtée au deuxième chant. La rentrée de septembre a eu raison de mes ardeurs homériques... L’envie de reprendre cette lecture restait pourtant présente au fond de mon cœur. @ego_lector_ « aux longs cheveux » a su stimuler cette envie en organisant une lecture partagée. Elle a réuni une fine équipe de bookstagramers (@desphotosetdesmots, @hana.tu.lis.quoi, @jasminebluebooks, @neoseraphy_decouverte, @syko1969). Sa belle énergie m’a insufflé le courage de participer à l’aventure.
Car l’union fait la force quand les hommes sont faibles (L’Iliade, chant 13, vers 237)
Pendant trois semaines, j’ai vécu au rythme d’Homère avec mes complices. Ils m’ont conseillé la série d’Arte « Les grands mythes » ainsi que des podcasts qui ont éclairé ma lecture. Leur présence à mes côtés, nos échanges fournis, souvent teintés d’humour, m’ont permis de dompter mes appréhensions et d’enchaîner les 24 chants, les 15700 vers. Et oui les amis... la traduction de Philippe Brunet est en vers, plus précisément en vers hexamètres. La lecture de cette version est certes exigeante mais tellement fascinante. Tesson nous apprend que « Philippe Brunet, aède contemporain (...) a destiné sa traduction à la lecture à haute voix et tenté de restituer le rythme des vers homériques avec son solfège, ses legatos, ses staccatos. » Je me suis amusée à dire Homère à voix haute. J’ai senti les vers se déployer dans mon corps, puis un profond bien-être. C’était magique...
À suivre...
Jeanne Lerrante — 14/03/2021