

Flore Perrault, Tout ce que je n’ai jamais su dire — @frisonroche.belleslettres (190 pages)
Flore Perrault est une jeune poétesse et illustratrice. Elle a fédéré une communauté très active autour de sa plume sur Instagram (@jecrisparfois).
Tout ce que je n’ai jamais su dire est son premier recueil. Je l’ai découvert par hasard chez mon libraire : le titre a instantanément produit un écho en moi. Le livre est dédié « aux jeunes adultes, coincés entre leur enfance et ce qui va être leur vie d’adulte ». Je ne suis pas le public visé, pourtant ces textes m’ont ému. Ils ont su trouver le chemin de mon cœur. Il n’y a pas d’âge pour rencontrer des difficultés à exprimer ses émotions, ses angoisses, ses peurs, ses doutes. Flore Perrault a su faire un jardin de ses vieux fantômes, un jardin où les tournesols occupent une place centrale.
J'ai aimé son style minimaliste: les textes sont simples, délicats, authentiques. Ils dégagent une douceur mélancolique pleine de charme.
« je suis là
au moment
où tu me lis.
j’ai vibré
pour ces mots.
je les ai écrits
pour ne plus
que tu te sentes seul.
ces écrits
n’attendaient
que toi,
d’être lus
vécus dans
ton esprit
dans ta bouche
au bord de tes yeux
et dans ton cœur. »
« n’oubliez pas que
ce qui fait le charme
d’un tournesol
ce sont ses pétales jaunes
comme le soleil
son esprit tourmenté
par son cœur sombre
comme la nuit
— acceptez votre part d’ombre»
Jeanne Lerrante — 31/12/2022

Taos Amrouche, Le grain magique - Contes, poèmes et proverbes berbères de Kabylie — La découverte poche (240 pages)
Que ma chronique soit belle et se déroule comme un long fil !
Taos Amrouche a réuni vingt-quatre contes appartenant à la tradition orale, arrivés de bouche en bouche jusqu’à sa mère qui les lui a légués afin qu’elle les fixe sur le papier. Entre chaque conte, des proverbes et des chants complètent le récit par une morale implicite, laissant le lecteur libre d’interpréter l’histoire selon sa sensibilité.
Le lion dit à l’ânesse :
Je te prête deux litres d’orge,
Mais je te mangerai après.
Cette immersion dans les légendes berbères m’a enchanté. Leur richesse et leur diversité m’ont éblouie. Certaines mettent en scène des animaux anthropomorphes, comme La Fontaine dans ses fables ; d’autres évoquent l’univers de Charles Perrault (Aïcha, perdue délibérément par son père dans la forêt avec ses six sœurs, regagne la maison paternelle grâce aux noyaux d’olive qu’elle a semé le long du chemin, cela vous rappelle forcément quelqu’un…) ; d’autres encore racontent des transformations d’hommes en végétaux et de femmes en oiseaux, comme Ovide dans ses Métamorphoses. On croise souvent l’ogresse Tseriel et de la sorcière Settoute, figures récurrentes des contes berbères. Des marâtres sans scrupule exigent de leur mari la mort des enfants nés d’un premier lit. Des fils de roi trouvent leur princesse après avoir surmonté moult épreuves. Aucune mièvrerie dans ces légendes, certaines sont même effrayantes ! Le réalisme le plus cru côtoie le fantastique et le merveilleux. Il y a aussi de l’humour, de la magie, du surnaturel. Tous les ingrédients sont réunis pour ouvrir tantôt la porte des rêves, tantôt celle de la méditation philosophique.
L’invité d’un jour est léger
Celui de deux jours est fade,
Celui de trois jours,
Il faut prendre un bâton et le chasser.
Ma chronique est comme un ruisseau, je l’ai conté à des Seigneurs.
Mille mercis à @mirakait qui a semé le grain magique dans mon cœur, me donnant l’envie de découvrir ces contes berbères de Kabylie.
Jeanne Lerrante — 11/12/2022


Alain Cadéo, Des mots de contrebande — Éditions La trace 2018 (140 pages)
Suivre un chemin côtier, respirer profondément. S’asseoir sur un banc face à un paysage qui a du sens, respirer intensément. Lire Des mots de contrebande, lire Alain Cadéo.
« Lire Cadéo c’est s’assurer des heures sereines bercées par des paysages glorifiés de beauté et de sens. » Le gage de sérénité promis par @la_coccinelle_des_livres n’est pas un mythe, je le confirme. Les mots de Cadéo calment l’esprit, le nourrissent, le retapent. « Engoulevents, caresses, mille mirages magnifiques et le cerveau léger comme nuages pommelés. »
Des mots de contrebande est un recueil dans lequel chaque texte renouvelle une invitation à suivre la chronologie du cœur. Il est conseillé de le lire lentement afin de laisser infuser chaque phrase. Il s’adresse aux « affamés d’azur », aux « mendiants de lumière », aux amoureux des mots. Cadéo aime écrire sur les mots, cette matière dans laquelle le poète va façonner son texte jusqu’au jet de lumière. Il est le batelier qui remonte la rivière jusqu’au jaillissement de la source.
Si le poète est un batelier, le lecteur est un passeur portant les mots d’un bord à l’autre ; aussi je vous invite à embarquer, à vous laisser porter par les mots de Cadéo.
« Recommencer, tout l’ABC.
Chaque verbe désossé, décortiqué, démonté. Lettre après lettre, syllabe après syllabe. Et réapprendre à prononcer les mots. Articuler, comme des enfants-dieux avides de Savoir.
Parce que bien dire, c’est exaucer. Bien lire, c’est révéler.
Il y a par-dessus tout, je le sais, quelque chose caché dans les mauves vibrations, dans le rouge sonore.
Chaque mot possède, contient plusieurs cordes. Celui qui sait les tendres, les faire exactement sonner, est un réveilleur de particules endormies.
Alors tout devient possible : dissiper les nuages, chasser les orages et les mauvais esprits, broyer, dissoudre le violent, faire tendre le plomb de la bêtise, ouvrir les sarcophages de l’ennui, évacuer les lourdeurs, les tumeurs, les fadeurs, les nids de guêpes de l’angoisse, laver, nettoyer dans les moindres recoins toute la crasse, goudrons et calamines qui obstruent les artères du monde. »
Jeanne Lerrante — 24/11/2022

Stefan Zweig, Baudelaire et autres poètes — Payot (119 pages)
Un recueil de textes signés Zweig sur la poésie européenne… La note de l’éditeur nous raconte toute l’histoire : « Nous sommes en 1901, Stephan Zweig a dix-neuf ans. Il publie un recueil de poèmes, Silberne Saiten, qu’il trouve aussitôt insipide ; le poète Richard Dehmel (…) lui suggère alors de s’exercer à la traduction pour affermir son style. »
Zweig traduit Baudelaire, Hugo, Verlaine, Rilke, Verhaeren… une anthologie de chacun de ces artisans du vers est éditée «précédée d’une lumineuse présentation » signée de l’auteur du monde d’hier. Ce sont ces présentations que les éditions Payot nous permettent de savourer dans ce petit fascicule. Elles offrent deux intérêts : révéler le ressenti de Zweig sur les poètes précités et confirmer sa remarquable érudition.
À propos de Baudelaire, Zweig souligne l’incroyable finesse de sa compréhension de la beauté féminine. « Il aime les femmes comme il aime les chats et les serpents. Il ne se lasse pas de faire ressortir leurs points communs : cette manière d’avancer en chaloupant, comme en suspension, sans bruit, l’éclat avide des regards, l’aura olfactive et sensuelle, la fausseté et les flatteries voluptueuses qui basculent soudain dans le rut brutal ».
« Hugo parle dans ses poèmes comme un tribun depuis l’estrade. »
Verlaine est présenté comme « un homme inconstant et faible qui a traversé le monde comme un enfant, avec cette grande naïveté authentiquement puérile que Schopenhauer présente comme l’un des principaux traits de caractère du génie ».
Sur Rilke, Zweig note que « chaque chose est épuisée et interprétée dans ses moindres fibres sous forme de comparaison. Comme le héros de Hofmannsthal, Rilke a désappris la manière de « simplement sentir les choses ». Il ne les appréhende que comme des images, comme un écoulement permanent de choses les unes à côté des autres (…) ».
Zweig évoque pour finir l’influence cruciale de Verhaeren : « son rôle a été pour moi celui d’un modèle plus moral que littéraire, et mon travail de transposition, mon intervention en sa faveur a ensuite relevé d’une sorte de conviction religieuse.»
Ce recueil vous fera passer une soirée passionnante.
Jeanne Lerrante — 10/08/2022

🌟Pauline Delabroy-Allard, Maison tanière - @icono.pop🌟
Elle se retire seule, loin du monde, dans une maison, comme une tanière. Chaque jour, elle choisit un vinyle, écrit et prend des photos. Elle laisse venir les sentiments et les souvenirs… La quatrième de couverture est fidèle à l’esprit du recueil.
Intimité d’un terrier
Journal d’une intimité
🌟Elle assouvit un besoin de solitude, sa «solitude de princesse criminelle.»
Absente au monde, présente à elle-même, ses mots révèlent les blessures enfouies, les désirs impudiques, les petits riens d’un quotidien loin de l’humanité bruyante, l’apaisement d’une âme malmenée par la vie.
🌈Ses mots ont laissé en moi une empreinte comme un arc-en-ciel après la pluie.
🌟Un poème ne se raconte pas. Il se lit, il se ressent. Il faut laisser les mots infuser jusqu’à l’émotion.
Sur mon compte Instagram (@jeannelerrante), j’ai choisi de lire le texte daté du 30 juillet.
Jeanne Lerrante — 17/06/2021

🐝Suzanne Rault-Balet, Des frelons dans le cœur - L’iconopop 🐝
@icono.pop
@suzannefowke
Des frelons dans le cœur est un recueil qui mélange des poèmes et des photographies de Suzanne Rault-Balet.
J’ai aimé ce livre parce qu’il est le reflet d’une expression libre et multiple. L’autrice montre deux manières de raconter ses émotions ; en retour, le lecteur dispose de deux manières de réveiller les siennes. Je me suis sentie libre d’associer ou pas le texte à l’image, ce qui me permet d’affirmer que les photos complètent les poèmes plus qu’elles ne les illustrent. De la même façon, les émotions suscitées par les photos prolongent celles suscitées par les poèmes.
Suzanne Rault-Balet semble promener sa poésie partout où elle veut. Elle enchaîne les mots avec naturel. Ses poèmes sont simples et purs.
Ils disent la générosité d’une femme qui se présente telle
« ... une louve citadine
à la terrasse de vos bistrots
je suis l’infirmière maladive
je viens vous panser
le cœur gros »
Des mots pour panser les maux... une poétesse pour apaiser les blessures... moi j’y crois! La poésie peut améliorer la vie.
Ils disent la liberté d’une femme qui assure
« je ne suis l’esclave de personne
je ne suis la chose de personne
je ne suis
à personne
je suis ... »
Une femme qui désire, qui aime mais aussi qui éprouve de l’inquiétude, de l’insatisfaction, une femme pleine de son humanité.
La portée de ces poèmes est universelle. Chacun-chacune peut se reconnaître dans ces instantanés de vie.
Ce recueil fait partie de la collection l’Iconopop des éditions L’iconoclaste. J’ai découvert cette collection grâce à La faim de leur monde d’Akhenaton, vu sur le compte Instagram de @le_boucan_litteraire et @jasminebluebooks. J’aime bien l’esprit Iconopop: « Des textes brefs, intimes et percutants. Des formes libres et variées, cris de colère, récits ou poésies. Une littérature d’aujourd’hui crue et sans tabou. À lire, à dire. À vivre sur scène. » Les poèmes de Suzanne Rault-Balet ressemblent à cette manière de lire, de vivre, à l’image d’une poésie contemporaine et vivante.
Jeanne Lerrante — 29/05/2021




Loraine Bazalgette (@lorainebazalgette), La nuit du brasseur de cidre @editionsdupantheon
La nuit du brasseur de cidre est un recueil de sensations à cœur ouvert. Loraine Bazalgette confie « sans mot dire des instantanés. » « Tu me liras sans aucune certitude », lance-t-elle à l’adresse du lecteur, comme une aimable recommandation. J’ai suivi son invite. Je me suis laissée porter par ses mots. Ils m’ont emmené dans un univers d’émotions fugitives, lesquelles pourtant m’ont laissé une empreinte durable au fond du cœur.
J’ai reconnu mes démons, ces « bêtes noires au fond d’un placard, plus ou moins voraces »: solitude, amertume, angoisse...
« Je me réveille glacée de sueur
L’angoisse m’enserre la gorge
La panique suinte de mon corps, dégorge
Je suis une coquille vide dans une paire de tenailles. » - Dix
... la peur d’affronter le regard des autres
« Parler de toi, c’est te donner en pâture
Te mettre sur un étal, comme un vulgaire morceau de viande » - Seize
J’ai tourné les pages, faisant fi des démons. J’ai surpris l’espérance au bout de la nuit :
« Le beau naîtra de cet entrelacement d’épines. »-Quarante
« La caresse d’un écrit
Baume à l’âme
Sublimons cette vie. » -Dix sept
Le recueil comprend plus d’une cinquantaine de poèmes, tous sans titre. Loraine Bazalgette a choisi de numéroter ses textes, de Un à Cinquante-quatre. Ce choix m’a intrigué. Pourquoi dépersonnaliser un poème en lui attribuant un numéro ? J’ai posé la question à l’autrice, via son compte Instagram. Elle m’a répondu qu’elle avait préféré numéroter ses poèmes plutôt que de leur donner un titre car elle ne voulait pas les résumer en choisissant une seule sensation. « Je voulais que le lecteur prenne son chemin plutôt que de lui en tracer un. »
La muse de la poésie aime Loraine Bazalgette: elle lui a donné la délicatesse du verbe. La poétesse révèle tout en nuance les émotions des humains. Elles ressemblent à un amalgame de bon grain et d’ivraie. Il nous reste à croire que la bonne graine se développera malgré les obstacles. Loraine Bazalgette nous aide à y croire.
« Le poète grattera
La terre à pleines mains (...)
Aimons-nous, puisqu’il n’est rien. ». - Cinquante-trois
Jeanne Lerrante — 23/05/2021






🌟Andrée Chédid prétend que « La poésie-si elle s’inscrit en nous-, tout en admettant de nous regarder cheminer, nous délivre. » Forte de ces mots, j’ai passé la soirée d’hier à lire la poésie de Philippe Jaccottet. Je cherchais à soulager ma tête de ses soucis. Le remède a bien fonctionné.
🌟J’ai aimé Cahier de verdure mais sans véritable coup de cœur. Philippe Jaccottet alterne textes en vers et en prose, entre essai philosophique et poésie lyrique. Il exprime ses sentiments intimes à l’aide de description de paysages de montagnes et de prairies fleuries. Il entremêle ces descriptions de réflexions personnelles et de souvenirs de lectures (Hölderlin, Rilke, Léopardi...). Il se promène en pleine nature, interroge la mort, obtient « pour réponse, au bord du chemin: séneçon, berce, chicorée.»
(Je vous en propose deux extraits en photo.)
🌟La clarté Notre-Dame est un recueil de souvenirs et de réflexions.
🌟Le dernier livre de Madrigaux présente plusieurs pièces poétiques très délicates. Extraits :
« Considérez le ciel solaire
à l’heure de l’extrême incandescence :
c’est là qu’il nous faut traverser. »
« Abeilles, accourez broder de braise ces robes
ou ces paupières, ou ces lèvres, ou ce cou,
puis, moins brûlantes mais non moins dorées,
éparpillez-vous sur toute la soie de la nuit. »
🌟Ph. Jaccottet s’est éteint le 24 février dernier à l’âge de 95 ans.
Jeanne Lerrante — 09/04/2021

Andrée Chédid, Textes pour un poème, suivi de Poèmes pour un texte - Poésie Gallimard
🌟 J’ai découvert Andrée Chédid en lisant les chroniques respectives de @ego_lector_ et @jean._.christophe consacrées à ses poèmes. Leur partage a permis à la poésie d’Andrée Chédid d’aller vers moi... Une belle transmission, conforme à l’ordre des choses. Andrée Chédid écrit en effet: «Le poème se nourrit de mouvements ; mouvements de cet être intérieur que certains appelleraient « âme ». Son rythme est celui de la vague, son dessein est de traverser.» Son petit-fils Mathieu reprend cette idée dans la préface du recueil édité par @editions_gallimard : «La poésie d’Andrée, c’est une transmission de l’âme, cet or de la vie, mais de « l’âme hors » car son destin, dit aussi Andrée, est de traverser, d’aller vers l’autre.»
🌟 Andrée Chédid avait l’amour des mots, «des mots secrets de nos mondes intérieurs» (M. Chédid). Ses poèmes dévoilent une parole empreinte de gravité; mais si la mort est omniprésente, c’est pour mieux souligner la nécessité d’accueillir le mouvement de la vie tel qu’il se présente, avec les joies et les larmes, les rires et les peines, les plaisirs et les souffrances.
J’ai été touchée par la mélodie de ses poèmes, une mélodie originale, tendre, unique... J’ai choisi de lire à voix haute un poème intitulé Oser encore. Vous pouvez l'écouter sur le compte Instagram @jeannelerrante. Pour que le partage continu.
Jeanne Lerrante — 21/03/2021

J.M.G. LE CLÉZIO, Le flot de la poésie continuera de couler - éditions Philippe Rey
🌿Si le contexte sanitaire pèse comme un couvercle sur votre esprit gémissant en proie aux longs ennuis, je vous conseille de suivre J.M.G. LE CLÉZIO dans l’univers des poètes Tang et de vous laisser emporter par le flot de leur poésie. Je parie que vous trouverez le voyage délicieux, surtout qu’il est agrémenté de nombreuses illustrations, comme autant d’invitations à l’évasion.
🌿L’ouvrage que je vous présente ici est le fruit d’une amitié entre J.M.G. LE CLÉZIO et le poète DONG QIANG, calligraphe, traducteur de Baudelaire en chinois et professeur de civilisations comparées (France Chine) à l’Université de Pékin.
🌿J.M.M. LE CLÉZIO a découvert la poésie Tang en lisant le poème de Li Bai « Assis devant le mont Jingting » qui met face à face un homme et une montagne. « Le poète décrit un lieu d’immobilité et de majesté devant lequel l’être humain, dans sa faiblesse et son impermanence, ne peut que s’asseoir et regarder. » J.M.G. LE CLÉZIO avoue avoir ressenti à cette lecture une plénitude aussi inhabituelle qu’envoûtante. Sa fascination pour la poésie Tang a débuté comme ça...
🌿Le flot de la poésie continuera de couler est une ode à la sagesse, à la paix intérieure, à ces aspirations essentielles et pourtant fragiles puisqu’elles peuvent se fracasser sur la folie des hommes et leur misère. Dans cet ouvrage, J.M.G. LE CLÉZIO présente un choix de poèmes en les mettant en relation avec les circonstances historiques, sociales, religieuses, artistiques dans lesquelles ils ont été écrits. Il nous raconte la révolte d’An Lushan, la place des femmes dans la société de l’époque, l’influence du bouddhisme dans la culture chinoise. Il brosse le portrait de plusieurs poètes : Li Bai l’aventurier amateur de vin, Du Fu le sobre laborieux, Bai Juyi, Li Shangyin et Wang Wei. Il accomplit la prouesse de démontrer « la modernité de la poésie Tang, qui la rend si proche malgré le millénaire et demi qui nous en sépare. » La fascination de J.M.G. LE CLÉZIO est contagieuse... Laissons le mot final à Li Bai:
La route est vaste comme le ciel bleu
Moi seul je ne connais pas la fin.
Jeanne Lerrante — 30/01/2021

François CHENG, Enfin le royaume — éditions Gallimard
Enfin le royaume... François CHENG nous offre là un merveilleux recueil de quatrains. C’est compliqué pour moi de vous en proposer un résumé, j’ai seulement envie de vous inviter à le savourer.
Le quatrain est un mode d’expression particulier. Emily Dickinson en était une fervente adepte. Il insuffle un rythme qui pourrait être celui d’un chant, un chant propice au rêve ou à la méditation. La brièveté de la forme ne réprime nullement la pérennité des émotions du lecteur. Christian Bobin prétend que « pour lire un roman, il faut deux ou trois heures. Pour lire un poème, il faut une vie entière. » (L’équilibriste) Oui, une vie est sans doute nécessaire pour lire les quatrains de François CHENG, sachant que chaque nouvelle lecture déclenche son lot d’émotions.
Je me laisse aller à l’envie de partager avec vous mon préféré:
Consens à la brisure, c’est là
Que germera ton trop-plein
De crève-cœur, que passera
Un jour, hors de l’attente, la brise.
Je vous invite à accueillir cette brise, gageons qu’elle nous apporte de grandes joies.
Jeanne Lerrante — 28/08/2020