
Je me découvre plusieurs points communs avec Chantal Thomas, dont je viens d’achever la lecture de Café vivre, Chroniques en passant : j’ai passé mon enfance à Arcachon et comme j’ai la chance d’y revenir régulièrement, j’ai mes rites d’arrivée (Chantal Thomas évoque les siens, dans l’une de ses chroniques, à chacun de ses retours à New York): marcher pieds nus dans le sable, sillonner les rues de la Ville d’hiver, suivre l’allée Faust,rêver devant la villa Marguerite, traverser le parc Mauresque, manger une glace sur la jetée Thiers. Je m’accoude au parapet de bois munie de ma gourmandise, je considère la plage, le spectacle des vacanciers : des gens de tout âge se baignent, bronzent, jouent dans l’eau avec
des raquettes, des ballons, construisent des châteaux de sable. Ils semblent heureux. Ils
jouissent pleinement du privilège des vacances : se dérober à la pesanteur de la vie. Je contemple le Bassin, les colorations changeantes de la mer. Les voiliers glissent au loin portés par le vent… plus loin encore l’île aux oiseaux offre une douce immobilité. Je laisse le mouvement à l’extérieur pour mieux accueillir le calme dans mon esprit. Je savoure l’instant.
Je suis de retour dans la station balnéaire pour quelques jours. Arcachon en août, c’est bien le moment de flâner aux terrasses, surtout celles en bordure du Bassin. Peut-être y trouverais-je de quoi rafraîchir mon inspiration. Je choisis un emplacement ombragé, je m’installe, je commande un thé. J’écoute les conversations de la tribu installée à la table d’à côté: trois adultes (une femme, deux hommes, probablement deux frères car il y a entre eux comme un air de famille) et trois enfants entre huit et douze ans. Ils rient, ils parlent fort, j’entends distinctement leurs échanges malgré les règles de distanciation physique imposées par la crise sanitaire. Celui qui semble être l’âme de la tablée dit aux autres : « Faites attention si vous demandez des pains au chocolat, ils vont vous regarder avec des yeux comme des
hiboux. Ici, ce sont des chocolatines ! » La remarque est savoureuse. Mes rites d’arrivée à Arcachon prennent cette année un goût de chocolatine.
Jeanne Lerrante
02/08/2020