Mon cher fils, mon aimé,
Si je t’écris aujourd’hui c’est pour implorer ton pardon. Tu m’en veux, je le sais... tu m’en veux parce que je t’ai privé de ton père. Sache que je ne pouvais pas faire autrement, même si je ne sais pas expliquer pourquoi... c’est ainsi. Au moment des faits, tu étais un tout jeune enfant. La conséquence immédiate de mon acte est que tu as grandi loin de moi, tu as grandi sans moi. Je suis devenue, au fil du temps, une étrangère pour toi, mon cher fils, mon aimé... Là est ma plus lourde peine.
Les circonstances ont fait de moi une mère stérile, inapte à exprimer son amour pour un fils. J’ai commis l’irréparable, j’en suis bien consciente. Une décision de justice m’a enfermée dans une cellule. Je suis devenue une boule de néant : je roule jour et nuit d’une extrémité à l’autre de quatre murs salis par des âmes en souffrance.
Du fond de ma brume, j’entrevois pourtant le soleil : la prison abrite une bibliothèque. Je me suis portée volontaire pour m’en occuper. Je n’ai jamais eu accès à autant d’ouvrages à la fois alors j’en profite : je lis, je lis, je lis... La prison acceuille ma faute depuis maintenant 7 ans... et j’ai lu plus de livres que ma co détenue junkie n’a snifé de rails de cocaïne.
Mon fils adoré, j’ai tué ton père... J’avais des raisons de le faire. Aujourd’hui j’implore ton pardon...
Ta maman qui t ‘aime et qui t’aimera encore et encore jusqu’au dedans de sa tombe.
@jeannelerrante
Solange fronce constamment les sourcils. C’est peut-être parce qu’elle se sent en permanence devant une énigme, celle de la vie, mystérieuse et profonde. Cette intuition étrange a tracé deux sillons creux sur la peau de son front. Elle a consulté une dermatologue, lui a confié le malaise causé par ces traces. La dermatologue lui a conseillé une injection de botox. Ce conseil a laissé Solange perplexe: la toxine
botulique lui donnera-t-elle la clef de l’énigme?
Jeanne LERRANTE


Un prince de l'immobilité
Dans l'allée Corrigan
Le tronc assume le temps
Vestige séduisant
Infiniment présent
Hier après-midi, un vent à balayer la motivation du vacancier le plus fervent soufflait sur la plage. J'ai préféré abandonner le sable et marcher vers la forêt. J'ai flâné, je me suis égarée dans la Ville d'Hiver quand soudain, je me suis figée au milieu d'une allée. Je venais de faire une singulière rencontre: un tronc, dans la plus extrême nudité, me faisait face, impassible. Je ne le quittais pas des yeux. Son apparence me fascinait.
Observons attentivement le tronc, voulez-vous? Sa morphologie évoque des formes humaines, plutôt celles d'un homme, un indice de genre permet de le supposer. Cherchez-le… L'avez-vous trouvé?
J'ai repris mon chemin. Je pensais à Sylvain Tesson. Il confie à son journal daté de juin 2016: "Les arbres sont des princes de l'immobilité. Ils prouvent que la puissance ne se définit pas par le mouvement."
Jeanne Lerrante — 03/08/2020

Jeanne Lerrante — 31/07/2020
Au cœur de la verdure
Où chemine la sève
Une noble créature
Tisse la toile des rêves.
Jeanne LERRANTE — 27/08/2020
